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Le miroir télévisuel

Mis à jour : 4 juin 2019


En ces temps de modernité où la sustentation de nos certitudes vacille sous les violentes secousses de déconstructions répétées, la communication, devenue purement virtuelle depuis que"se montrer et être vu" a détrôné triomphalement le "dire et être entendu", favorise la prolifération médiatique principalement de ceux qui n'ont rien à dire.

Je n'ai donc aucun scrupule à montrer mon petit quart d'heure de célébrité d'autant que je m'engage à en dire quelques mots. Au demeurant, l'affaire datant de 2 ans déjà, je réclame la prescription, et en fait de quart d'heure l'exposition publique n'aura duré très exactement que 5 minutes et 26 secondes...


Fin mars 2017, France 3-Paris m'appelle pour me proposer de participer à l'émission nationale quotidienne présentée par Laurent Romejko et Marine Vignes, Météo à la carte, au cours de laquelle je devrai réaliser un plat de mon choix. Bigre ! Je veux bien admettre que ma renommée a réussi à s'émanciper du cercle des intimes, mais par quelle voie mystérieuse aurait-elle atteint les bureaux parisiens de France TV ?!

Je saurai que je dois cet honneur à l'Office de tourisme local, lequel m'a recommandé auprès d'eux. Les premiers échanges téléphoniques me mettent littéralement en état d'apesanteur. Les Mylène, Sandra et Lucile qui m'appellent quotidiennement pour finaliser et mettre au point le projet me donnent du Jean Yves tous les trois mots et leur voix ont des douceurs à rêver d'évasion libertine.

Je dois proposer 3 plats à base de viande et la production n'en retiendra qu'un mais attention, les règles sont strictes : l'émission étant axée sur la promotion des régions, il ne s'agit en aucun cas de faire celle de ma maison d'hôtes, je dois impérativement utiliser des produits locaux que j'irai moi-même chercher en direct chez le producteur, et le plat devra être dégusté devant la caméra par des tiers de mon choix.

Que je sois implanté en plein cœur du vignoble savoyard et par conséquent relativement éloignés des producteurs locaux (hormis les vignerons !), qu'il soit encore trop tôt dans la saison pour espérer une production locale variée et utile à la préparation retenue, qu'il me soit impossible jusqu'au dernier moment de trouver la moindre personne disponible en semaine et en journée pour participer à la dégustation, peu importe, il faudra se débrouiller !


De fait, on s'est débrouillé...



Curieux, amusé autant qu'étonné, je prends la mesure de ce qu'il faut d'accommodements et de mise en scène derrière le miroir télévisuel pour donner à voir le naturel et le spontané.

La sympathie s'établit très vite avec l'équipe de tournage pendant les trois heures de réglages et d'enregistrement, séquences après séquences, répétées deux, trois ou quatre fois s'il le faut, pendant lesquelles les amis trouvés in extremis pour jouer les hôtes de passage poireautent au salon comme dans la salle d'attente du dentiste. Et quand l'affaire est faite, le plat réalisé, cuit et mangé, il ne reste plus qu'à se rendre chez le producteur local qui m'a été désigné, c'est-à-dire à une bonne trentaine de kilomètres, pour me procurer les produits dont j'aurai besoin pour la préparation. Logique, non ?

Mon vieux copain Adrien que je ne connais que depuis quelques minutes reprendra sa botte de cébettes dont je n'ai absolument pas besoin, les miennes ayant été achetées la veille au primeur (mais non producteur) du coin, mais pas avant d'avoir encaissé en serrant les dents les crampes qu'il me faut supporter sans le montrer aussi longtemps qu'est recommencée la séquence en position accroupie sous sa serre.


Et au final, même après un montage ayant pris des libertés avec la chronologie, emprunté des raccourcis curieux (comme celui de faire croire que j'enfile des gants de chirurgien pour assaisonner ma farce !), oublié quelques points qui n'avaient rien de détail, et surtout inversé les images en miroir pour qu'on ne puisse pas identifier mon nom ni celui des Tamaris brodés sur ma veste, j'aurais mauvaise grâce à ne pas savourer ce morceau d'anthologie qui, à quelques jours d'intervalle et pour quelques poignées de minutes, m'a mis à jeu égal, mais par pur hasard, avec mon homonyme Gilles Goujon, chef triplement étoilé de l'Auberge du Vieux Puits à Fontjoncouse (Aude), et Jean-Pierre Jacob, 2 étoiles, ex-chef du Bateau Ivre au Bourget du Lac (Savoie) qui a malheureusement fermé ses portes en 2018.


Mais avez-vous seulement compris que c'est des attriaux dont il est question dans cette vidéo ?

Le plus simple serait que je vous donne ma vraie et bonne recette, non ?


suite : Mes attriaux de Savoie


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